Collectif le Revers

Paris, le 05 mai 2025

Monsieur le Préfet,

Le collectif Le Revers, composé d’associations et organisations agissant auprès des personnes en grande précarité, souhaite vous alerter sur les conséquences graves de la fermeture du GL Center – Porte de la Villette, opérée sans proposition de solutions d’hébergement adaptées ni pérennes, dans un contexte dans lequel les dispositifs d’hébergement d’urgence sont structurellement saturés, et les ouvertures ponctuelles de places ne compensent ni les besoins réels ni les fermetures successives de centres temporaires. La fermeture du GL Center aggrave une situation que les pouvoirs publics connaissent parfaitement. Les propositions d’orientation vers des dispositifs éloignés, inadaptés ou non pérennes ne constituent pas des solutions acceptables. Elles placent les personnes face à un choix impossible : l’éloignement forcé ou la rue.

Or, la fin soudaine d’un hébergement stable pour plusieurs centaines de personnes, dont certaines particulièrement vulnérables, participe à l’invisibilisation des personnes les plus précaires plutôt qu’à la garantie de leurs droits.
Elle alimente la fabrique de l’errance, en contraignant des personnes déjà fragilisées à des déplacements forcés, à la perte de repères et à une exposition accrue aux dangers de la rue. Le nombre de personnes qui meurent dans la rue augmente inexorablement. En 2025, 960 décès ont été recensés en France par le Collectif Les Morts de la Rue, confirmant une hausse constante d’année en année. À Paris, la situation est particulièrement alarmante : selon les données du Samusocial, seuls 17 % des appels au 115 sont décrochés chaque nuit, en raison de la saturation du service.
Cette défaillance structurelle est telle que deux tiers des personnes sans domicile ont renoncé à appeler, faute d’espoir d’obtenir une place. Chaque remise à la rue entraîne des conséquences délétères, largement documentées : atteintes à la santé physique et psychique, interruption des démarches administratives et d’accès aux droits, rupture des accompagnements médicaux sociaux et juridiques. Ces conséquences ne sont ni théoriques ni marginales : elles sont connues et évitables.
Elles engagent la responsabilité des pouvoirs publics au regard du droit à la dignité, du droit à la santé et du principe d’inconditionnalité de l’hébergement d’urgence. 

Face à cette situation, nous vous demandons d’agir sans délai pour éviter de nouvelles ruptures de prise en charge.
Nous demandons : 

• le maintien immédiat des personnes actuellement hébergées au GL Center dans des dispositifs d’hébergement dignes et sécurisés ;
• L’ouverture de nouvelles places d’hébergement d’urgence est indispensable afin d’éviter toute fermeture sans solution alternative, et de permettre aux personnes actuellement sans abri d’accéder à un hébergement. Ces créations de places doivent impérativement se faire sans réduire les capacités d’accueil existantes destinées aux autres publics;
• la mise en place de solutions adaptées à la situation de chaque personne, fondées sur l’évaluation sociale, la continuité des droits et la protection des plus vulnérables ;
• l’absence de toute remise à la rue, même temporaire, tant qu’une solution stable n’a pas été proposée ;
• l’ouverture d’un dialogue transparent avec les associations et collectifs intervenant auprès des personnes concernées. Nous restons disponibles pour échanger dans les plus brefs délais et contribuer à la construction de réponses respectueuses des droits fondamentaux et de la dignité des personnes.

Veuillez agréer, Monsieur le préfet, l’expression de nos salutations distinguées.

Le collectif Le Revers